Les entreprises n’investissent pas dans la formation

Il y a quelques années, je croyais naïvement que le développement du capital était une priorité pour les entreprises. On voyait déjà naître dans les librairies beaucoup d’ouvrages sur le développement personnel, on en parlait même à la télé. Aujourd’hui, il existe des salons dédiés aux thématiques du bien-être et autres. On aurait alors pu croire que ce qu’il se passait dans la vie personnelle, privée, aurait pu avoir un impact sur la vie professionnelle. Après un peu de recul, je me dis que ça été l’inverse. Les prémisses du mal-être au travail à fait bondir les ventes des livres sur le développement personnel, comment trouver ça voie, comment effectuer une reconversion dans sa vie professionnelle. Selon une étude Randstad de 2016*, en France, on dénombre 3.1 millions de TPE et PME soit 99.8% du total des entreprises. Travaillant majoritairement avec cette typologie d’entreprises, voyons qu’elle est mon approche sur cette question de la formation dans les TPE et PME

Une problématique de temps

Téléphoner à une TPE/PME aujourd’hui revient souvent à avoir un interlocuteur essoufflé au bout de la ligne. De quoi mettre à l’aise n’importe quel commercial…Toutefois, même si on pourrait croire que c’est une problématique localisée, il n’en est en fait rien du tout. C’est un problème réellement récurrent que je retrouve tous les jours, même avec des entreprises clientes à Marseille ou ailleurs. Plusieurs raisons à cela, mais je dirai que j’en retrouve deux aujourd’hui.

Les arrêts de travail

Une TPE/PME organise les postes de travail souvent à travers le patron ou la patronne, sans parfois de réels fondements RH ou économiques. Les entreprises sont souvent prises à la gorge en termes d’activité. Ce qui a pour conséquence qu’un arrêt maladie qui survient sans prévenir et c’est l’ensemble du château de cartes qui s’écroule. Il n’est donc pas rare pour moi d’avoir des dirigeants ou dirigeantes entendre qu’elles ne feront pas de formation cette année à cause des arrêts de travail. Ceux-ci font que les salariés doivent s’occuper de plusieurs postes en même temps, c’est impossible pour eux de dégager du temps pour aller en formation. Impossible. Et croyez-moi, je n’ai pas besoin de les persuader tout de même en argumentant que les budgets de formation sont perdus en fin d’année, c’est tout simplement impossible pour une boite. Non, au contraire, j’acquiesce, j’approuve et ne peux qu’être d’accord. Je souhaite bien du courage à l’entreprise et je le pense sincèrement.

Le rythme annuel de travail

Je ne l’aurais pas tant cru que cela au départ mais je dois dire qu’il y a beaucoup d’entreprises en France qui sont régies par une activité saisonnière, et lorsque ce n’est pas le cas, l’entreprise est souvent « à bloc » toute l’année. Les entreprises qui sont soumises à la saisonnalité on en retrouve énormément et beaucoup me disent qu’elles n’ont pas le temps de faire de la formation. Une saison c’est comme un salon professionnel, il y a un avant, un pendant et un après. Et l’ensemble doit se préparer. Cela nous conduit à des périodes ou les entreprises ne touchent pas terre une bonne partie de l’année. Pourquoi elles ne font pas de formation le reste du temps allez-vous me dire ? Je dirais que les entreprises font appel à des intérimaires pour les périodes fast, elles ont donc tout autant de travail le reste de l’année avec des effectifs taillés au plus juste. Je dirais également que les temps de délai des prises en charge des OPCA/OPCO est tellement long que de lancer un processus de formation, souvent long lui aussi, l’entreprise est déjà repartie sur les chapeaux de roue. Autre élément, on peut signaler que hors période intense, c’est le moment où les salariés partent en congé. Ce qui est encore un frein à la formation.

Une problématique de moyens

Les moyens, ha les moyens ! La réforme de la formation sur 5 Septembre 2018 sur la liberté de choisir son avenir professionnel nous promettait un bel avenir pour les TPE et PME de moins de 50 salariés. Cette année 2019, dite année de transition n’a pas était à la hauteur des espérances des dirigeants. J’ai personnellement hâte de connaître les nouveaux critères financiers pour l’année prochaine. Quoi qu’il arrive, pour cette année, les moyens financiers étaient encore plus minces que les années précédentes à en croire les personnes qui sont sur le marché de la formation depuis des dizaines d’années. Mon constat est qu’aujourd’hui, les entreprises, du fait du manque de temps, et de moyens financiers, ne s’occupent que des formations obligatoires, notamment axées sur la sécurité au travail. Ce n’est cependant pas le plus dur à entendre pour moi, passionné par le développement des compétences et par l’épanouissement des salariés au travail. Le plus dur c’est surtout d’entendre les dirigeants être à jour dans leurs obligations de formation en sécurité (CACES, SST etc..) et de ne pas œuvrer sur d’autres typologies de formation. Un CACES a renouvelé tous les 5 ans c’est 4 années où l’entreprise peut mettre l’accent sur du management, du commercial, de la communication etc…On retrouve cependant la problématique précédente à savoir le manque de temps.

Les entreprises aimeraient investir dans la formation

C’est paradoxal, mais c’est vrai. Et je pense sincèrement que les entreprises ne disent pas ça pour me faire plaisir. Elles me disent que ce n’est pas l’envie qui manque. Malheureusement, peu peuvent se permettre de faire de la formation. Où en tout cas, faire du réel développement de compétences. J’entends beaucoup ce discours, avec un air souvent coupable mais sincère. « Il y aurait des besoins en plus », rajoutent les entrepreneurs quand on évoque ce sujet. Je ne me jette pas sur l’occasion pour rebondir et proposer des alternatives. Je sais que  quelqu’un avant moi a déjà proposé des solutions voire même, l’entrepreneur lui-même aura pensé à d’autres stratégies.

Un désir de changement

J’ai pensé que la mauvaise volonté des entrepreneurs à ne pas faire de la formation leur nuisait indirectement. Si on ne peut pas développer les compétences de ses salariés, ils finissent par être dépassés, moins compétents, moins réactifs, moins motivés. C’est là que j’ai compris que ce n’était pas de la mauvaise volonté, peut être un défaut d’organisation mais là encore, il faut les moyens humains pour aider l’entrepreneur, qui a souvent tendance à tout gérer. Beaucoup argumentent avec moi en me disant que les choses ne sont pas faites pour les petites entreprises. Je le pense aussi. J’ai rencontré à plusieurs reprises des entreprises qui ne pouvaient pas faire de formation, c’est comme ça, l’activité saisonnière, les RH gérées au plus justes, c’est impossible. L’entreprise perdra donc ses droits à la formation à la fin de l’année, comme toutes les entreprises n’ayant pas utilisées leur droit. En effet, il n’y a pas de cumul d’année en année comme le CPF. N’y a-t-il rien à faire ici ?

Des enjeux importants  

On peut pratiquement dire que j’arrête de persuader les entreprises de faire de la formation, celles qui n’en ont jamais fait n’en feront probablement pas. Je compatis, j’écoute également car souvent l’entrepreneur n’a personne à qui se confier. Rappelons tout de même que les entreprises malgré la loi qui les « force » à faire de la formation, ont tout de même un rôle à jouer extrêmement important dans le capital humain. La formation est un vecteur important dans l’épanouissement des salariés au travail. De plus, je ne pourrais jamais aller à l’encontre de certains typologies de formation qui pour moi, reste des indispensables dans les TPE et PME (et bien évidemment, au-delà également) : les formations que nous n’apprenons pas en formation initiale (soft skills principalement avec une grosse partie sur la communication entre les équipes) et les formations pour les évolutions professionnelles (commercial, management, gestion de projet).  

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